Dimanche de saint Grégoire Palamas.

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Dimanche de saint Grégoire Palamas.

23 Март, 2019 Non classé

Dimanche 24 mars 2018.

(11 mars dans l’ancien calendrier.)

Dimanche de saint Grégoire Palamas.

2e dimanche du Grand Carême.

Synaxaire du 2e dimanche de Carême

Ce deuxième dimanche de carême, nous faisons mémoire de saint Grégoire Palamas (1296-1359), archevêque de Thessalonique. Saint Grégoire eut à s’opposer, pour la défense de l’Orthodoxie, aux idées d’un philosophe italien, Barlaam le Calabrais. Barlaam prétendait par erreur que l’homme ne pouvait pas faire l’expérience de Dieu mais seulement le connaître indirectement par la raison. Saint Grégoire Palamas défendit le témoignage des saints orthodoxes qui firent l’expérience des énergies incréées de Dieu. Si Dieu, en son essence, est inconnaissable, nous pouvons Le connaître par la participation à ses énergies divines et incréées. Le but de la vie chrétienne est la participation à la vie divine, car Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne dieu.

C’est à vingt ans que saint Grégoire décida de renoncer à la carrière et aux honneurs auxquels ses études le destinaient, pour se consacrer tout entier à Dieu. Il convainquit toute sa famille d’abandonner le monde : après avoir distribué leurs biens aux pauvres, sa mère, ses sœurs se firent moniales, tandis que ses frères le suivirent au Mont Athos afin d’être moines. Là il se consacra à la prière perpétuelle sous la guidée de grands hésychastes comme saint Grégoire le Sinaïte. Les incursions de pirates le forcèrent à revenir à Thessalonique, en compagnie des disciples de saint Grégoire le Sinaïte, parmi lesquels se trouvaient deux futurs patriarches de Constantinople. Devenu prêtre à Thessalonique, quiconque vivait selon Dieu reconnaissait en lui un porteur de l’Esprit. Saint Grégoire fut ensuite nommé archevêque de Thessalonique, où reposent ses saintes reliques.

Péricopes de ce dimanche

Lecture de l’épître du saint apôtre Paul aux Hébreux (du jour, Hébreux 1, 10 — 2, 3) :

Au commencement, Seigneur, Tu as fondé la terre, et les cieux sont l’œuvre de tes mains. Ils périront, mais Toi, Tu demeures. Tous, ils vieilliront comme un vêtement et, comme on fait d’un vêtement, Tu les enrouleras ; tel un manteau, ils seront changés ; mais Toi, Tu restes le même, et tes années ne passeront point. » Et auquel des anges Dieu a-t-Il jamais dit : « Siège à ma droite, jusqu’à ce que Je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds » ? Les anges ne sont-ils pas tous des esprits officiants, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter le salut ? C’est pourquoi nous devons porter une plus grande attention aux enseignements que nous avons entendus, de peur d’être entraînés à la dérive. Car, si la parole annoncée par les anges a un effet, et si toute transgression et désobéissance a reçu une juste rétribution, comment nous-mêmes échapperons-nous en négligeant pareil salut qui, annoncé tout d’abord par le Seigneur, nous a été confirmé par ceux qui l’ont entendu ?

B начале Ты, Господи, основал землю, и небеса — дело рук Твоих; они погибнут, а Ты пребываешь; и все обветшают, как риза, и как одежду свернешь их, и изменятся; но Ты тот же, и лета Твои не кончатся. Кому когда из Ангелов сказал Бог: седи одесную Меня, доколе положу врагов Твоих в подножие ног Твоих? Не все ли они суть служебные духи, посылаемые на служение для тех, которые имеют наследовать спасение? Посему мы должны быть особенно внимательны к слышанному, чтобы не отпасть. Ибо, если через Ангелов возвещенное слово было твердо, и всякое преступление и непослушание получало праведное воздаяние, 3то как мы избежим, вознерадев о толиком спасении, которое, быв сначала проповедано Господом, в нас утвердилось слышавшими от Него ?

Lecture de l’épître du saint apôtre Paul aux Hébreux (du saint, Hébreux 7, 26 — 8, 2)

Frères, il nous convenait, en effet, d’avoir un souverain sacrificateur comme lui, saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, et plus élevé que les cieux, qui n’a pas besoin, comme les souverains sacrificateurs, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses propres péchés, ensuite pour ceux du peuple, -car ceci, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même. En effet, la loi établit souverains sacrificateurs des hommes sujets à la faiblesse ; mais la parole du serment qui a été fait après la loi établit le Fils, qui est parfait pour l’éternité. Le point capital de ce qui vient d’être dit, c’est que nous avons un tel souverain sacrificateur, qui s’est assis à la droite du trône de la majesté divine dans les cieux, comme ministre du sanctuaire et du véritable tabernacle, qui a été dressé par le Seigneur et non par un homme.

Tаков и должен быть у нас Первосвященник: святой, непричастный злу, непорочный, отделенный от грешников и превознесенный выше небес, Который не имеет нужды ежедневно, как те первосвященники, приносить жертвы сперва за свои грехи, потом за грехи народа, ибо Он совершил это однажды, принеся в жертву Себя Самого. Ибо закон поставляет первосвященниками человеков, имеющих немощи; а слово клятвенное, после закона, поставило Сына, на веки совершенного. Главное же в том, о чем говорим, есть то: мы имеем такого Первосвященника, Который воссел одесную престола величия на небесах и естьсвященнодействователь святилища и скинии истинной, которую воздвиг Господь, а не человек.

Lecture de l’Évangile selon Saint Marc (du jour, Marc 2, 1-12)

En ce temps-là, Jésus revint à Capharnaüm, et la nouvelle se répandit qu’il était à la maison. Aussitôt il s’y rassembla tant de monde qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte ; et il leur annonçait la Parole. Des gens vinrent à lui, amenant un paralytique, porté par quatre hommes ; et, ne pouvant approcher de lui à cause de la foule, ils défirent le toit au-dessus de l’endroit où se trouvait Jésus et, par l’ouverture, ils firent descendre le grabat où gisait le paralytique. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : « Mon enfant, tes péchés te son remis ! » Or il y avait là, dans l’assistance, quelques scribes qui se disaient dans leur cœur : « Comment celui-ci peut-il proférer de tels blasphèmes ? Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ? » Mais Jésus, pénétrant en son esprit leurs intimes pensées, leur dit aussitôt : « Pourquoi de telles pensées dans vos cœurs ? Quel est le plus facile, de dire au paralytique : Tes péchés te sont remis, ou de dire : Lève-toi, prends ton grabat et marche ? Eh bien, pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés, je te l’ordonne, dit-il au paralytique, prends ton grabat et retourne chez toi ! » Aussitôt il se leva et, prenant son grabat, il sortit en présence de tous, au point que les gens furent tous saisis de stupeur et rendaient gloire à Dieu en disant : « Jamais nous n’avons rien vu de pareil ! »

Через несколько дней опять пришел Он в Капернаум; и слышно стало, что Он в доме. Тотчас собрались многие, так что уже и у дверей не было места; и Он говорил им слово. И пришли к Нему с расслабленным, которого несли четверо; и, не имея возможности приблизиться к Нему за многолюдством, раскрыли кровлю дома, где Он находился, и, прокопав ее, спустили постель, на которой лежал расслабленный. Иисус, видя веру их, говорит расслабленному: чадо! прощаются тебе грехи твои. Тут сидели некоторые из книжников и помышляли в сердцах своих: 7что Он так богохульствует? кто может прощать грехи, кроме одного Бога ? Иисус, тотчас узнав духом Своим, что они так помышляют в себе, сказал им: для чего так помышляете в сердцах ваших? Что легче? сказать ли расслабленному: прощаются тебе грехи? или сказать: встань, возьми свою постель и ходи? Но чтобы вы знали, что Сын Человеческий имеет власть на земле прощать грехи,- говорит расслабленному: 11тебе говорю: встань, возьми постель твою и иди в дом твой. Он тотчас встал и, взяв постель, вышел перед всеми, так что все изумлялись и прославляли Бога, говоря: никогда ничего такого мы не видали.

Lecture de l’Évangile selon Saint Jean (du saint, Jean 10, 9-16)

Еn ce temps-là, Jésus déclara : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire ; moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu’elles soient dans l’abondance. Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. Mais le mercenaire, qui n’est pas le berger, et à qui n’appartiennent pas les brebis, voit venir le loup, abandonne les brebis, et prend la fuite ; et le loup les ravit et les disperse. Le mercenaire s’enfuit, parce qu’il est mercenaire, et qu’il ne se met point en peine des brebis. Je suis le bon berger. Je connais mes brebis, et elles me connaissent, comme le Père me connaît et comme je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie ; celles-là, il faut que je les amène ; elles entendront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger. »

Я есмь дверь: кто войдет Мною, тот спасется, и войдет, и выйдет, и пажить найдет. Вор приходит только для того, чтобы украсть, убить и погубить. Я пришел для того, чтобы имели жизнь и имели с избытком. Я есмь пастырь добрый: пастырь добрый полагает жизнь свою за овец. А наемник, не пастырь, которому овцы не свои, видит приходящего волка, и оставляет овец, и бежит; и волк расхищает овец, и разгоняет их. А наемник бежит, потому что наемник, и нерадит об овцах. Я есмь пастырь добрый; и знаю Моих, и Мои знают Меня. Как Отец знает Меня, так и Я знаю Отца; и жизнь Мою полагаю за овец. Есть у Меня и другие овцы, которые не сего двора, и тех надлежит Мне привести: и они услышат голос Мой, и будет одно стадо и один Пастырь.

 

Paroles des Pères

Le paralysé, immobile, était étendu sur son lit. Après avoir épuisé l’art des médecins, il vint, porté par les siens, vers le seul vrai Médecin, le Médecin qui vient du Ciel. Quand il fut placé devant Celui qui pouvait le guérir, sa foi mérita le regard du Seigneur. Pour bien montrer que cette foi détruisait le péché, Jésus déclara aussitôt au malade : « Tes péchés sont pardonnés. » On me dira peut-être : Si cet homme voulait être guéri de sa maladie, pourquoi le Christ lui annonce-t-il la rémission de ses péchés ? Pour que tu apprennes que Dieu voit le cœur de l’homme dans le silence et sans bruit, qu’il contemple les chemins de tous les vivants. L’Écriture dit en effet : « Les yeux du Seigneur observent les chemins de l’homme, ils surveillent tous ses sentiers » (Proverbes 5,21).

Lorsque le Christ disait : « Tes péchés sont pardonnés », Il laissait le champ libre à l’incrédulité : le pardon des péchés ne se voit pas, en effet, avec nos yeux de chair. Mais lorsque le paralysé, une fois la maladie chassée, se lève et marche, il manifeste avec évidence que le Christ possède la puissance de Dieu. Le Seigneur dit donc : « Lève-toi, prends ton lit et rentre chez toi. » Ce qui fut fait. L’homme rentra chez lui, libéré de sa longue maladie. Du coup était démontré que le Fils de l’homme avait le pouvoir de remettre les péchés sur la terre.

Mais qui donc possède ce pouvoir ? Lui seul ou nous aussi ? Nous, avec lui. Lui, en effet, parce qu’Il est le Dieu-homme, le Seigneur de la Loi, Il pardonne les péchés. Quant à nous, nous avons reçu de Lui cette grâce admirable et merveilleuse. Car Il a voulu donner à l’homme ce pouvoir. Il a dit en effet aux apôtres : « Je vous le dis, en vérité, tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel » (Matthieu 18,18). Et encore : « Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis » (Jean 20,23). Quand leur a-t-Il dit cela ? Lorsqu’Il eut foulé aux pieds la puissance de la mort et que, ressuscité d’entre les morts, Il souffla sur eux en leur disant : « Recevez l’Esprit Saint ».

— Saint Cyrille d’Alexandrie (380-444), Commentaire de l’évangile de Luc, 5 ; PG 72, 56.

Commémorés ce dimanche selon l’ancien calendrier

Saint Sophrone, patriarche de Jérusalem (638 ou 639) ; saint Pionius, prêtre, et quinze compagnons, martyrs à Smyrne (250) ; saints Trophime et Thaïe, martyrs à Laodicée (vers 300) ; saint Vigile, évêque d’Auxerre, martyr (689) ; saint Vindicien, évêque de Cambrai (712) ; saint Sophrone, reclus des Grottes de Kiev (XIIIème s.) ; saint Euthyme, archevêque de Novgorod (1458) ; saint Sophrone, évêque de Vratchane (Bulgarie, 1813) ; saints néomartyrs de Russie :saint Patrick (Petrov), moine et confesseur (1933) ; saint Basile (Malakhov), confesseur, prêtre (1937).

Extrait du Synaxaire du hiéromoine Macaire selon l’ancien calendrier

Mémoire de saint Sophrone de Jérusalem. Notre saint Père Sophrone naquit à Damas, la patrie des mélodes, vers 550. Doué de rares aptitudes intellectuelles et d’un grand talent poétique, il y fit ses études et obtint le titre de « sophiste ». Demeurant insatisfait par les sciences et désirant une plus haute perfection, il entreprit un pèlerinage en Palestine, en vue de vénérer les Lieux saints et de s’entretenir avec les ascètes vivant dans les monastères et dans les déserts. Il parvint au monastère fondé par saint Théodose [11 janv.] et y trouva là l’homme selon son cœur, Jean Moschos. Compatriote de Sophrone et de peu plus âgé que lui, celui-ci y était devenu moine et, par sa grande austérité de vie, il avait acquis, en plus de la connaissance de la philosophie et des sciences « du dehors », une admirable sagesse spirituelle. Il devint pour Sophrone, qui était resté dans l’état de laïc, non seulement le frère et le compagnon mais encore le maître et le père spirituel. Unis par cette sainte amitié, les deux serviteurs de Dieu décidèrent de se rendre à Alexandrie (578), afin d’y acquérir une formation philosophique plus complète auprès des savants qui s’y trouvaient, mais surtout pour y rencontrer des saints ascètes, « philosophes du Saint-Esprit ». Rendant visite un jour à l’un d’eux, le vénérable vieillard leur dit : « Fuyez, mes enfants, parce que le temps approche ! Habitez dans une cellule, où vous voudrez. Vivez dans la sobriété et dans la quiétude (hésychia), en priant sans cesse ; et j’ai l’espoir que Dieu vous enverra sa connaissance pour illuminer vos esprits… » Ces paroles furent décisives pour inciter Sophrone à abandonner définitivement la vaine recherche de la sagesse humaine, et les deux amis entreprirent dès lors de vivre en étrangers et pèlerins à la recherche de la Jérusalem d’En-Haut, en recueillant partout où ils passeraient les enseignements et les traditions des saints Pères.

De retour en Palestine, Sophrone fit sa profession monastique au monastère de Saint-Théodose, et ils repartirent bientôt pour le Mont Sinaï, qui était alors illustré par de grands luminaires de la science ascétique comme saint Jean Climaque [30 mars]. Au bout de dix ans, ils reprirent leur vie errante à travers les déserts d’Égypte et de Palestine, pour y cueillir les fleurs de leur Pré Spirituel. Sous la menace de l’invasion perse (vers 603), ils passèrent en Phénicie, visitèrent Antioche et les déserts monastiques de Syrie, Tarse (Cilicie) et Séleucie, puis ils revinrent en Égypte et restèrent plusieurs années à Alexandrie pour venir en aide, par leur éloquence et leur science théologique, au patriarche saint Euloge [13 fév.] et à son successeur saint Jean le Miséricordieux [12 nov.] dans la lutte contre les monophysites. Ils réussirent à décupler le nombre des églises appartenant aux orthodoxes à Alexandrie et ramenèrent également beaucoup de villages et de monastères dans le sein de l’Église. Pendant ces tournées missionnaires, ils ne manquaient pas de rassembler d’autres récits édifiants qui nous donnent une vivante image de la vie religieuse de cette époque. Atteint d’une maladie des yeux, saint Sophrone en fut miraculeusement guéri par l’intervention des saints Anargyres Cyr et Jean [31 janv.]. En signe de reconnaissance, il rédigea un grand recueil de leurs miracles, dans lequel il montre que c’est seulement dans la communion de l’Église que l’on peut trouver la grâce. Au cours de l’une de leurs visites, ils rencontrèrent un Ancien qui leur dit : « Rien d’autre dans l’Église n’a causé les schismes et les hérésies, sinon le fait que nous n’aimons pas pleinement Dieu et notre prochain ».

En 614, la nouvelle leur parvint que Jérusalem était tombée entre les mains des Perses, au prix de sanglants massacres et de pillages sans limites, et que le patriarche Zacharie [21 fév.] avait été emmené en exil avec la précieuse Croix. Les derniers temps semblaient arrivés et la recommandation de fuir ce monde, qu’ils avaient reçue au début de leur vie monastique, se faisait d’autant plus pressante que l’invasion perse menaçait maintenant l’Égypte. Saint Jean le Miséricordieux alla se réfugier à Chypre, sa patrie, où il mourut en 620, et les deux moines philosophes se rendirent à Rome, en s’arrêtant en route à Samos et à Chypre pour y rencontrer des hommes de Dieu. Pendant ce séjour à Rome, Jean, sentant sa fin prochaine, se mit à rédiger avec l’aide de Sophrone le compte-rendu des entretiens spirituels qu’ils avaient rassemblés depuis des années. Puis il quitta le tumulte de cette vie pour passer à la quiétude éternelle (619), en recommandant à son frère et fils spirituel d’aller déposer son corps au monastère du Sinaï. Imitant Joseph qui emporta le corps du patriarche Jacob d’Égypte dans la terre de leurs pères (Gn 50), Sophrone s’embarqua avec douze condisciples. Mais, ayant appris qu’il était impossible d’accéder au Sinaï à cause des incursions arabes, ils allèrent inhumer le corps au monastère de Saint-Théodose, où Sophrone s’installa pour y achever la rédaction du Pré Spirituel et d’autres œuvres, comme les Vies de saint Jean le Miséricordieux et de sainte Marie l’Égyptienne [1er avr.].

Vers 627, Sophrone dut fuir de nouveau, cette fois-ci sous la menace de la conquête arabe, et il alla se réfugier avec d’autres moines en Afrique du Nord. C’est là que saint Maxime le Confesseur [21 janv.], fuyant pour sa part son monastère de Chrysopolis devant l’invasion perse qui approchait de Constantinople, se joignit à eux, dans le monastère de fortune qu’ils avaient fondé, et se lia d’une profonde amitié spirituelle avec Sophrone qu’il appelle : « Mon seigneur béni, mon père et maître… » . C’est à son école que saint Maxime, le grand docteur de la Personne du Christ, qui jusque-là avait exercé surtout la profondeur de son esprit pour réfuter les doctrines origénistes, comprit que tout le mystère de la divinisation de l’homme et la réalité de notre salut résident dans la relation des deux natures, divine et humaine, en l’unique Personne du Verbe incarné, et qu’il forgea les armes nécessaires pour engager la lutte contre une nouvelle forme de l’hérésie monophysite : le monothélisme , imaginée par l’empereur Héraclius et le patriarche de Constantinople Serge dans l’espoir de rallier l’Égypte dissidente.

En 633, Sophrone retourna en Égypte, malgré son âge avancé, afin de lutter sur place pour la vraie foi. Refusant tout compromis sous prétexte d’obtenir une unité politique de l’Empire menacé de toutes parts par les Perses et les Arabes, il enseignait qu’il faut confesser deux opérations naturelles du Christ, et non pas une, puisqu’Il est à la fois Dieu et homme. Comme le patriarche Cyrus demeurait obstinément dans son hérésie, Sophrone se rendit alors à Constantinople pour se jeter aux pieds du patriarche Serge, en le suppliant de revenir au dogme confessé par le saint Concile de Chalcédoine, car la formule dogmatique de compromis qu’il avait proposée, sans réaliser l’union espérée, faisait dire aux hérétiques : « Ce n’est pas nous qui communions avec Chalcédoine, mais plutôt Chalcédoine avec nous ! » Serge feignit de résoudre l’affaire, en interdisant de parler ni d’une, ni de deux opérations dans le Christ ; mais celle-ci devait rebondir quelques années plus tard, au temps de la confession de saint Maxime.

Lorsqu’à l’issue de cette mission, Sophrone revint à Jérusalem qui, restaurée grâce aux efforts de saint Modeste [16 déc.], était en deuil de son patriarche, les habitants, les clercs et les moines unanimes le contraignirent à accepter cette charge, « à cause de l’intégrité de sa foi ». Soumis à la volonté de Dieu, le vieillard entreprit de soutenir la foi de son peuple, menacée par les hérésies, et de raviver son espérance ébranlée par les invasions, dans des sermons et des hymnes liturgiques où la beauté poétique se met au service de la profondeur des dogmes. Dès son élection, il rédigea, selon l’usage, une Lettre synodique qu’il envoya aux patriarches de Rome et de Constantinople, pour leur proposer la communion de leurs Églises respectives dans la même foi. Cet admirable document est un exposé complet de la doctrine de l’Église sur la Personne du Christ. Le saint patriarche y confesse un seul et même Christ, Fils unique de Dieu, qui opère les œuvres de chaque nature, divine et humaine, conformément aux propriétés respectives de celles-ci. C’est le même Christ qui, sans confusion ou mélange (comme le supposent les monophysites) et sans séparation (comme l’impliquent les nestoriens), opère en tant que Dieu les miracles, et qui souffre en tant qu’homme, nous ouvrant ainsi, à nous autres hommes, la possibilité d’être unis en Lui à Dieu par la grâce du Saint-Esprit.

Saint Sophrone, dont toute la vie avait été placée sous le signe de la proximité des derniers temps, accédait au siège de Jérusalem au moment de la levée inattendue de l’Islam qui, unifiant les tribus arabes, s’abattait sur l’Empire chrétien en saccageant villes et campagnes. Damas fut prise peu de temps après son élection (637), et quelques mois plus tard, au début de 638, c’est la Ville Sainte elle-même qui tombait aux mains des envahisseurs. Le saint patriarche, presque nonagénaire, obtint du calife Omar qu’il y entrât en pèlerin et non en conquérant, et qu’il garantît la sauvegarde des sanctuaires chrétiens. Accablé par les fatigues de la confession de foi et par l’affliction de voir la cité sainte aux mains des infidèles, saint Sophrone se retira une dernière fois, pour rejoindre la Jérusalem d’En-Haut, la Ville de la Paix, qui ne connaît ni trouble ni variation, le 11 mars 638 (ou 639).

Texte préparé par Olivier Goulais

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